Dimanche 11 février 2007

Campagne Présidentielle - Discours de Villepinte                                                       1/3

Je suis heureuse de voir toute la famille de la gauche rassemblée et vous tous et toutes aussi nombreux que je salue. C’est forte de cette unité que je peux m’adresser à tout le peuple français. A cet instant, je veux m’adresser à tous les Français, c’est-à-dire à chacun de vous, qui attendez de savoir de quoi demain sera fait.


Je vais vous parler avec gravité.


L’élection présidentielle est le moment clef où se refonde le pacte républicain et où on va décider l’avenir d’au moins deux générations.


J’ai voulu prendre le temps de vous écouter. J’ai entendu vos appels, vos craintes, vos détresses, vos révoltes mais aussi vos attentes, vos désirs, vos espérances. Aujourd’hui, voici venu le jour de vous dire comment j’entends répondre à ces crises qui minent notre société et qui instillent dans ses veines le terrible poison du doute, de la résignation et, parfois, de la colère mais comment aussi permettre à la France de saisir toutes ses chances, et elles sont nombreuses, de libérer tous ses talents, toutes ses énergies.


Vous êtes venus très nombreux dans cette phase de démocratie participative. Plus de 2 millions d’entre vous sont venus, d’une façon ou d’une autre, dire ce qu’ils avaient sur le cœur et que la société politique n’entendait plus. Cette parole que vous avez prise, je vous demande de la garder. A ceux qui ne l’ont pas prise, je demande de la prendre au plus vite. J’ai besoin de vous, de vos intelligences, de vos exigences, de vos générosités pour construire une France qui se ressemble et se rassemble.


Avec moi, plus jamais la politique ne se fera sans vous.


C’est forte de cette phase d’écoute et soucieuse de respecter votre effort pour prendre la patole que je me sens en mesure, aujourd’hui, de vous proposer plus qu’un programme : un pacte d’honneur, un contrat présidentiel, que je propose à tous et à toutes, les plus vulnérables comme les plus forts, ceux qui sont nos partisans depuis toujours et ceux qui ne le sont pas ; car la France a besoin de tous les siens ; elle a besoin de ceux qui vont bien comme de ceux qui décrochent ou qui ont peur de décrocher. Je veux, aujourd’hui, redonner courage et espoir aux plus faibles. Je veux, à tous, dire que le temps de l’imagination et de l’audace est venu. Je n’oublierai personne car, pour que la France se relève, elle a besoin de chacun et de chacune.


J’ai bien dit un pacte d’honneur et de confiance. Car j’ai aussi compris (et je m’en réjouis !) que vous ne croyez plus à la magie des promesses qui n’engagent que ceux qui les reçoivent. Vous ne croyez plus aux engagements d’un jour et à la démagogie. Et c’est pourquoi je veux vous dire la vérité, la difficulté de la tâche qui nous attend, en même temps que ma détermination à l’accomplir avec vous.


Nous allons agir ensemble. Nous allons, ensemble, faire que la France se retrouve et que chacun l’aime et se retrouve en elle et accomplisse le changement profond, une autre façon de voir les choses.


Le temps n’est plus aux colmatages ou aux accommodements avec des systèmes qui ne fonctionnent plus.


Il faut tout revoir, tout repenser – et ne craindre ni d’imaginer ni d’inventer. Il faut entendre et lire, dans les cahiers d’Espérances issus de nos débats participatifs, le cas d’Odile, cette mère célibataire, admirable de courage et de dignité, qui attend un logement depuis 4 ans et raconte sa honte de vivre, avec ses deux filles, dans une chambre de 12 m². Il faut entendre Martine me dire, les yeux secs, le regard fier, mais les larmes dans la voix : « quand les enfants sont invités à un goûter d’anniversaire, j’invente une excuse pour qu’ils n’y aillent pas parce que je ne peux pas rendre l’invitation ». Je faut entendre ce père de famille alsacien que je n’oublierai, moi, jamais : « je vis le RMI comme une maladie honteuse ; je ne veux pas être un assisté malgré moi ; je ne veux pas que les enfants me voient comme ça ». Ou encore, à Roubaix, l’histoire d’Adeline, terrorisée à l’idée de retrouver, après notre débat, un mari violent et dont elle ne sait pas qu’il sera capable, un jour, de la battre à mort, comme le subisse trois femmes par semaine. Ces cris de détresse silencieuse, ces pauvres vies brisées, ces familles humiliées, ravagées par la misère et l’iniquité, ces destins marqués au sceau d’une malédiction qui ne dit pas son nom – c’est tout cela que j’ai à l’esprit, là, à l’instant de m’adresser à vous et c’est cela qui me donne le désir de me battre, de vaincre et de proposer cette politique d’alternance qui, seule, sera capable de surmonter les crises.


Crise des banlieues : dans les quartiers, le feu couve sous la cendre.


Crise économique, avec les emplois qui se détruisent.


Crise sociale.


Crise éducative.


Crise morale.


Crise écologique.


Crise internationale enfin, sur fond de prolifération nucléaire, de montée des fanatismes et hystéries guerrières.


Pour surmonter ces crises, il faut une nouvelle politique. Pour surmonter ces crises, il faut une France Neuve. Voilà ce que vous m’avez dit. Et voilà ce que j’entends mettre en œuvre.


Comment augmenter les bas salaires si les entreprises ferment ? Comment augmenter les petites retraites si les déficits se creusent ? Comment augmenter l’effort pour l’éducation et la santé lorsque la dette explose ? Telles sont les questions que vous m’avez posées. Mais vous m’avez dit aussi que chaque nouveau droit devait aller de pair avec des devoirs . Et vous l’avez fait avec une franchise, une lucidité, une volonté de refuser les solutions toutes faites et les fausses promesses des marchands d’illusion, vous l’avez fait avec une rigueur dont je dois vous dire qu’elles m’obligent. Et c’est pourquoi, je vais peut-être vous surprendre, j’ai décidé de vous parler en premier de notre situation économique et, en particulier, du problème de la dette .


La dette publique est devenue insoutenable. Elle représente 64% du PIB et 18 000 euros par Français. Les intérêts qu’elle génère sont devenus à eux seuls la 2ème dépense du budget de la Nation. Le déficit des comptes sociaux a triplé. La sécurité sociale est grevée par plus de 80 milliards de déficit cumulé. Notre appareil productif est affaibli. Notre commerce extérieur affiche un déficit de 30 milliards d’euros. La production industrielle stagne et l’investissement productif des entreprises ne décolle pas.


Voilà la France qu’ils nous laissent. Voilà l’état des lieux au sortir de la période qui s’achève. Et c’est à vous, c’est à moi, c’est à tous les Français qui, à partir d’aujourd’hui nous rejoindront, qu’il appartient de relever le pays.


Je suis convaincue, par exemple, qu’il faut changer, de toute urgence, notre façon même de concevoir la création de valeurs et de richesses. Je suis convaincue qu’un développement durable repose aujourd’hui sur trois piliers (économique, social, environnemental) et que la défaillance d’un seul peut faire crouler le tout. Nous sommes la 5e puissance économique mondiale. Mais nous devons ce rang au travail des Français qui conquièrent des marchés, innovent, prennent des risques et travaillent dur . Et je suis convaincue que nous ne tiendrons durablement ce rang que si nous recréons notre capacité à mobiliser les compétences, à motiver les salariés et à créer, en fait, ce vrai dialogue social qui reste, en France, si terriblement archaïque.


L’inventivité des entrepreneurs doit être, reconnue. Mais la dignité du travail doit être respectée et même remise à l’honneur. Avec cette reconnaissance et ce respect, nous réussirons comme l’ont fait ….. Voilà pourquoi je m’engage à tout faire pour que, si je suis élue, un nouvel essor soit donné à la démocratie sociale et au dialogue social constructif qui va avec. Et voilà pourquoi je m’engage, en même temps, à soutenir l’effort des entreprises innovantes et créatrices d’emplois. C’est ce que j’appelle les cercles vertueux.


Je le crois de toute mon âme : nous avons les moyens de relancer la croissance et la machine économique. Je veux réconcilier les Français avec l’entreprise pour sortir la France des déficits et accomplir des progrès sociaux dont nous avons besoin. J’en ai pris une claire conscience tout au long de ces semaines passées à écouter et observer : nous sommes un pays d’excellence technologique où pas un jour ne passe sans que des hommes et des femmes se lancent pour donner corps à un projet créateur d’activité, de valeur et d’emploi.


Eh bien je suis reconnaissante à ces entrepreneurs du risque qu’ils prennent et qui permet de créer, chaque année, les emplois que la mondialisation financière déplace. Je sais gré à ces PME de moins de 250 salariés qui sont plus de 2 millions en France et qui sont nos premières créatrices d’emplois. Et je m’engage aujourd’hui, devant vous, à tout faire pour soutenir leur effort et pour créer l’environnement dont elles ont besoin et qu’elles méritent.


Je m’engage aussi à faire de la recherche et de l’innovation une des priorités majeures de mon mandat. Je m’engage à augmenter le budget national de recherche-développement de 10 % par an. Sur les 65 milliards d’aide aux entreprises, seuls 5 % sont orientés vers la Recherche et l’innovation, je m’engage à porter cette part à 15%. Par des mesures fiscales, je m’engage à encourager les entreprises à innover et à faciliter, pour cela, leur accès aux financements bancaires. L’Etat soutiendra les pôles de compétitivité qui associent laboratoires et entreprises dans des réseaux d’excellence. Trop de régions attendent aujourd’hui une aide de l’Etat qui ne vient pas ! Eh bien l’Etat, si je suis élue, soutiendra les porteurs de projets, partout où ils se trouveront, en généralisant les Ateliers de la Création. Je m’engage à ce que les entrepreneurs qui garantissent les emprunts de leur entreprise sur leur patrimoine propre soient sécurisés par un mécanisme de caution mutuelle. Je veux aussi que l’école et l’entreprise se rapprochent. Je veux que l’entreprise devienne un lieu familier aux jeunes dès l’enseignement secondaire et jusqu’à l’université. Je le veux parce que vous le voulez. Et vous le voulez parce que l’insertion professionnelle de nos enfants et, donc, leur choix de métier et d’avenir en seront facilités.


Les Français, je l’ai également compris, aspirent à voir l’Etat réformer profondément sa gestion pour dégager des économies et donc des marges d’action.


Sans doute cette réforme sera-t-elle, chez nous, plus difficile à mener qu’ailleurs. Car la France, n’est-ce pas, s’est constituée autour de son Etat central ! Car il fut, cet Etat, partie prenante à sa construction, sa puissance, sa grandeur ! Mais nous devons agir.

Nous avons un Etat qui est devenu beaucoup trop lourd. Nous avons trop ministères. Nous avons des ministères qui ont, en dix ans, changé huit fois de périmètres et donc de dénominations avec toutes les dépenses inutiles, toutes les pertes d’efficacité, que cela suppose.


Il faut réformer tout cela. Il faut alléger le poids de nos administrations. Il faut les mettre au service des citoyens alors que, trop souvent, les citoyens ont le sentiment d’être le jouet des administrations. Il faut soulager des administrations centrales qui s’épuisent à gérer des personnels répartis sur le territoire et des crédits de toutes sortes. Il faut en finir avec cette lourdeur de l’Etat central qui engendre toujours plus de textes législatifs ou réglementaires – et des textes qui, bien souvent, sont à la fois illisibles et inutiles. Les fonctionnaires en sont les premières victimes lorsqu’ils s’épuisent en réunions stériles au lieu de donner l’impulsion et la créativité dont ils sont porteurs et qui sont leur vraie vocation.


Face à cette situation, face à ce gaspillage d’énergie et de substance, je propose :

- de limiter le nombre de ministères,

- d’en finir avec l’inflation réglementaire qui nous caractérise trop souvent

- d’expérimenter à chaque fois pour réformer vraiment

- d’engager une nouvelle étape de la régionalisation, mettant fin à la ruineuse superposition des compétences.


Ce sont les régions qui, par exemple, mettront à niveau les bâtiments et résidences universitaires. C’est aux régions qu’incombera la tâche de sortir les prisons françaises de l’état honteux où elles se trouvent. Ce sont les régions qui piloteront le service des aides économiques et de la formation professionnelle.


L’Etat, certes, garantira par un fond de « péréquation » l’égalité entre les régions qui bénéficieront donc, pour remplir ces nouvelles missions, d’un transfert de ressources. Mais nouvelles missions pour les régions, il y aura. Nouvelles intelligences territoriales, on verra naître. Et tant pis pour ce vieux jacobinisme qui est l’un des démons les plus malins de ce pays !


J’ai la passion du service public. Je sais que les Français sont habités par la même passion. Et, aussi, les fonctionnaires qui ont une conception exigeante de leur mission. Ensemble, nous allons donner un coup de jeune à cet Etat colbertiste, jacobin, centralisé à l’excès, croulant sous le poids des ans, des bureaucraties inutiles et des réglementations trop complexes. Ensemble, nous allons mettre l’Etat à l’heure de ce désir d’autonomie, de responsabilité civique et de liberté que j’ai senti monter d’un bout à l’autre de la France.


Je veux construire un ordre social et économique juste Le règne sans frein du profit financier est intolérable aux pour l’intérêt général.


Il est insupportable à ceux qui vivent de leur travail et il est dramatique pour ceux qui n’arrivent pas à en vivre. C’est ce cri de colère que j’entends monter de la France qui travaille et de celle qui aimerait travailler. Colère contre les délocalisations qui dévorent l’emploi.

- Colère contre le fait que 23% des jeunes sont sans emploi, que l’âge du premier emploi n’en finit pas de reculer et que la précarité des contrats se généralise.

- Colère quand priorité est donnée à la rente et au capital financier et que cela conduit à l’augmentation constante des loyers et du foncier.

- Colère quand la moitié des salariés du privé touche moins de 1400 euros par mois, que 4 millions de salariés sont payés au Smic au bout de 20 à 30 ans de travail.

- Colère encore quand on sait qu’il y a 7 millions de pauvres en France qui vivent avec moins de 700 euros par mois, que 2 millions d’enfants sont condamnés à vivre dans la pauvreté et qu’il y a là comme une forme moderne de malédiction et de destin.


Les Français, oui, sont en colère face à cela. Et moi, Ségolène Royal, je dis que ce n’est pas juste, c’est le pacte social qui est rompu et que c’est dangereux. Nous devons refuser cette situation. Nous devons stopper le descenseur social. Comme le criait le père Wreznisky, le fondateur d’ATD Quart Monde, « c’est l’homme qui crée la misère, c’est l’homme qui peut détruire la misère ».


Quand, dans un pays comme la France, deux millions de personnes ont recours à l’aide alimentaire , quand on sait qu’il y a, chaque jour, en France, 2000 accidents graves du travail, quand on sait qu’à 35 ans un ouvrier ou un employé a sept ans de moins d’espérance de vie qu’un cadre, quand on sait que 27% des salariés travaillent debout en permanence, que 37% sont exposés à l’inhalation de produits chimiques sur leur lieu de travail, quand on sait que les victimes de l’amiante ne sont toujours pas indemnisées ou qu’un million et demi de personnes se trouvent en situation de surendettement, quand on sait, enfin, que les femmes sont les premières victimes des bas salaires et des petites pensions, que l’écart de salaire avec les hommes est encore de 25%, quand on sait tout cela, on est bien obligé de se dire, et de crier, que, oui, le lien social se délite ; on est bien obligé de se dire et de crier que tout cela est comme une cicatrice sur le corps d’un pays qui a inventé la plus belle devise du monde : « liberté, égalité, fraternité » ; et moi, Ségolène Royal, je ne peux pas ne pas m’associer à ce cri, le relayer, lui prêter ma voix et ma volonté.


Vous m’avez dit des choses simples et vraies. Vous m’avez dit vouloir des écarts de revenus moins injustes, une réforme de la fiscalité qui taxe davantage le capital que le travail. Vous m’avez dit vouloir que le travail soit payé à son juste prix. Vous m’avez dit, enfin, vouloir que des solutions à la crise du logement soient trouvées au-delà des éternels discours. Est-il normal, m’avez-vous dit, que des jeunes travailleurs habitent en caravane et que de petits retraités soient chassés de leur logement faute de pouvoir payer leur loyer ? . Eh bien je vous ai entendus. Et je n’aurai de cesse, si je suis élue, que de répondre à votre juste colère.


Je propose un pacte présidentiel pour le pouvoir d’achat garanti et la sécurité du logement tout au long de la vie . Je propose (parce que vous avez été nombreux à me dire que les chiffres officiels de la hausse des prix sont inférieurs à la réalité) une réforme de l’indice des prix. Nous utiliserons des indices de prix différents, tenant compte de la réalité des dépenses des ménages pour revaloriser les retraites, le SMIC et les minima sociaux. Je m’engage à une hausse du SMIC à 1500 € par mois et à une hausse des bas salaires, au dessus du SMIC, qui sera fixée par les partenaires sociaux dès juin 2007 dans le cadre de la conférence sur les salaires. Pour que cette augmentation puisse se faire rapidement, et sans pénaliser les petites entreprises, je m’engage à mettre en place un plan massif de formation professionnelle débouchant sur un système gagnant – gagnant : le salarié sera mieux payé, mieux qualifié et l’entreprise plus performante.


Je m’engage, pour les jeunes sans ressources et qui vivent, de plus en plus nombreux, dans la précarité, je m’engage à créer une allocation d’autonomie et d’entrée dans la vie active ; laquelle allocation leur sera versée en contrepartie d’une obligation de formation sérieuse, d’une recherche active d’emploi et, pour les étudiants, d’heures de soutien scolaire auprès d’élèves en difficulté.


Je mettrai en place un plan de rattrapage pour les petites retraites, avec une hausse immédiate de 5 % intervenant dès 2007 . Le minimum vieillesse sera versé mensuellement et les retraites de la Sécurité Sociale seront payées au 1er de chaque mois, pour éviter les découverts. Nous procéderons aussi, dès 2007, à une augmentation de 5 % de l’allocation adulte handicapé.


Je rétablirai également le programme Handiscol qui a été démantelé pour permettre d’accueillir tous les enfants handicapés dans le sein de l’école.


J’insiste sur la question du logement.


Je l’ai souvent dit, vous le savez : tout commence par les familles car, si les familles fonctionnent bien et assument leur devoir d’affection, d’éducation et de surveillance, alors les enfants démarrent dans la vie dans de bonnes conditions.


Eh bien le logement est la condition première d’une vie de famille sécurisée . Et les inégalités criantes dans ce domaine doivent se réduire si l’on veut aider les familles à être ces lieux d’éducation et d’épanouissement des enfants qu’elles doivent être.


Il y a les Sans-Domicile-Fixe, naturellement, pour lesquels des solutions d’urgence doivent être trouvées : je propose, à cet égard, de faire obligation à chaque ville de créer une place d’hébergement d’urgence pour 1000 habitants ; je propose une politique d’accompagnement humain permettant à ceux qui ont basculé, travailleurs pauvres, femmes seules, jeunes à la dérive, de se raccrocher à une utilité sociale ; et je rends hommage au travail des associations qui jouent un si grand rôle pour réinsérer ces gens dans l’activité et dans l’emploi.


Mais l’urgence ne doit pas faire oublier les autres problèmes de fond. Les scandales les plus criants ne doivent pas occulter le fait que la crise du logement frappe aussi celles et ceux qui travaillent et qui font des efforts pour payer leur loyer.


Je propose, là-dessus, quatre mesures concrètes, bien connues de ceux qui se battent sur ce problème et que j’ai également rencontrés dans le cadre de ces débats participatifs :


1. La construction des 120.000 logements sociaux dont on a besoin et qui, faute d’obéissance à la loi SRU par certaines communes, ne sont pas construits. L’Etat se substituera à la carence de ceux qui s’enferment dans l’égoïsme territorial en lançant lui-même les programmes de logement nécessaires. Il faut cela pour que le droit opposable au logement ne soit pas une promesse électorale ou un vain mot. Il faut cela pour que l’amélioration de la situation des plus démunis ne produise pas l’aggravation de la situation de ceux qui paient leur loyer.


2. La création d’un service public de la caution permettant d’assurer les impayés de loyer et d’éviter les expulsions.


3. La mise en location des nombreux logements vacants spéculatifs . Pour cela seront surtaxés les logements inoccupés depuis plus de deux ans et la possibilité existera pour les communes de procéder à des acquisitions-réquisitions.


4. L’accès à la propriété sera favorisé et encouragé par l’extension des prêts gratuits . Aujourd’hui, les Français aspirent à la propriété de leur logement. Je veux que ce soit possible et que ceux, notamment, qui ont fait l’effort, dans le logement social, de payer leur loyer pendant quinze ans puissent accéder à la propriété.


Enfin, avec les Régions, l’Etat aidera à la mise en place d’un programme de logement pour les étudiants et les jeunes travailleurs.


Je serai, aussi, la Présidente du travail pour tous et du métier pour chacun .


Je réhabiliterai la valeur travail.


Et d’abord, à la base, j’engagerai une lutte sans merci contre le chômage des jeunes , un des plus élevés d’Europe et l’une des sources du découragement, de la révolte contre l’absence de futur et, à la fin, de la délinquance. Tout jeune doit pouvoir sortir du système scolaire et universitaire avec un diplôme : c’est le contrat qu’il faut passer entre la Nation et son école.


Pour les 190 000 jeunes qui sortent de l’école ou de l’université sans aucune qualification, je reprends la proposition de Jacques Delors d’ouvrir un chantier d’intérêt national. Aucun jeune, diplômé ou qualifié, ne doit rester au chômage plus de six mois, sans qu’une formation ou un contrat ne lui soit proposé - c’est un droit pour lui et un devoir pour nous. Tout jeune doit pouvoir bénéficier d’une possibilité d’insertion et je propose, à cet effet, de généraliser les bourses et les emplois-tremplins que les Régions ont mis en place, avec un objectif de 500 000 emplois tremplin.


L’Etat ouvrira, enfin, un nouveau droit : chaque jeune, à sa majorité, disposera d’un prêt gratuit de 10.000 euros, pour lui permettre de construire son premier projet de vie . Je le dis solennellement à toutes celles et tous ceux qui doutent, qui rencontrent plus de portes fermées que de mains tendues : la France a besoin de vos talents et de votre énergie ; les entreprises et les services publics ont un devoir à remplir à l’égard d’une génération qui représente aussi leur avenir. Je leur dis aussi qu’à leur âge, on a le droit à l’erreur, que la peur de l’échec ne doit pas paralyser, qu’on apprend et qu’on se renforce aussi dans les difficultés que l’on rencontre : vous devez croire en vous car la France aime ses enfants, tous ses enfants et n’est elle-même que lorsqu’elle lutte contre toutes les formes de discrimination.


Dans l’intérêt des entreprises comme des salariés, dans l’intérêt de la France, je créerai la Sécurité Sociale professionnelle qui garantira, contre une formation et une recherche active d’emploi, une rémunération égale à 90% du dernier salaire perçu afin de permettre, sans drame, la mutation des emplois . Et pour encourager, enfin, le passage du RMI au travail, je donnerai raison à ceux qui, comme l’association Emmaüs, demandent depuis longtemps la création d’un Revenu de Solidarité Active qui garantira les prestations en un mécanisme unique, durable, et garantissant que quelqu’un qui retrouve un travail ne puisse plus voir ses revenus baisser.


Et puis, n’est-ce pas, tout se tient : emploi, famille, école ? Quand un maillon vient à casser, c’est la chaîne qui se voit fragilisée.


Et c’est l’éducation qui tient tout l’édifice .




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